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Saturday, 7 July , 2007 / ermes

Comprendre Moscou en se penchant sur son passé


Qui est-ce Vladimir Poutine?

russie_migrations_90_02.jpgQuand la CIA décryptait l’URSS
Le Monde, article paru dans l’édition du 07.07.07

Malgré l’existence de quelques journaux indépendants et les restes d’une opposition à la Douma, le mode de gouvernement de la Russie est redevenu presque aussi opaque qu’il l’était au temps de l’Union soviétique. L’heure des kremlinologues a de nouveau sonné. Il faut décrypter les signes découverts dans la presse aux ordres du pouvoir, dans les apparitions à la télévision d’Etat, dans les déclarations énigmatiques des éminences proches du président, pour savoir ce qui se passe au Kremlin.

La grande interrogation concerne aujourd’hui la succession de Vladimir Poutine. La Constitution lui interdit en principe de briguer un troisième mandat en 2008. Cédera-t-il la place ? Choisira-t-il lui-même son successeur que les électeurs russes n’auront plus qu’à confirmer sans avoir de véritable choix ? Jouera-t-il de sa popularité pour se maintenir au pouvoir au moyen de quelques astuces institutionnelles ? Pour créer une méthode destinée à répondre à ces questions, il n’est pas inutile de faire un petit retour en arrière.

Dans les années 1970, les journalistes et les chancelleries se creusaient la tête, faute d’informations de première main, pour savoir comment fonctionnait le pouvoir soviétique. Les analystes de la CIA (Agence centrale de renseignement) étaient également au travail. Les archives qui viennent d’être déclassifiées ne portent pas seulement sur les “bijoux de famille”, ces mauvaises pratiques utilisées par les services de renseignement des Etats-Unis pendant la guerre froide, y compris à l’encontre de citoyens américains.

Sous le nom Caesar-Polo-Esau, la CIA a ouvert 147 dossiers, totalisant 11 000 pages et contenant des études sur l’URSS, les rapports avec les partis frères et le conflit sino-soviétique. Depuis 1953 et le “Complot des blouses blanches” – ces médecins accusés, à tort, d’avoir voulu assassiner Staline – jusqu’à 1972, avec un document sur “Le bureau politique et le processus de décision soviétique”.

Marqué “top secret”, ce dernier texte a été rédigé par un membre du département spécial de recherche de la CIA. Seize ans après la chute du communisme et l’ouverture des archives, refermées depuis, il ne propose aucune révélation mais il offre un bon exemple d’analyse d’un monde obscur. “Cette étude cherche à dissiper une certaine aura de mystère qui entoure traditionnellement la prise dedécision au Kremlin”, explique l’introduction. Et elle y parvient.

Le Politburo, ou bureau politique (BP), du Parti communiste de l’Union soviétique n’est pas le groupe monolithique conforme à l’image qu’il veut donner à l’extérieur. Il est composé “de politiciens capables, dont les ambitions et les responsabilités différentes tendent à produire des objectifs concurrents : en bref, des acteurs humains au sein d’un système politique solide et souple, dans une atmosphère tendue”.

Au sommet de la pyramide, il y a Leonid Brejnev. On a conservé de ce dirigeant soviétique l’image d’un vieillard cacochyme, incapable de se tenir debout sur le mausolée de Lénine et trébuchant sur les mots lors des grandes parades sur la place Rouge. On oublie qu’il n’avait que 57 ans quand il a succédé à Nikita Khrouchtchev en 1964 et que, à l’époque, il passait pour un dirigeant dynamique, amateur de belles voitures et de bonnes bouteilles.

marges_russie.gifDans la machine soviétique, le secrétaire général du parti, qui préside de facto le bureau politique sans en être formellement le président, est le point central du processus de prise de décisions. Il est le lieu géométrique des différentes positions prises par les autres membres du BP – quinze au total – sans être l’autocrate qui décide de tout. C’est le grand changement avec la période stalinienne, et dans une certaine mesure avec la pratique de Khrouchtchev. Celui-ci ne pouvait pas imposer sa seule volonté, mais il noyait les réunions du BP sous des ordres du jour fleuves sur des questions sans intérêt, empêchant ainsi ses pairs de discuter des questions sérieuses.

Rien de tel dans les années 1970. Le Politburo fonctionne comme tous les appareils bureaucratiques. Brejnev doit l’importance de son rôle à sa place de pivot. C’est lui qui prépare les réunions, recueille les demandes de ses collègues, met en circulation les propositions de décision, fait la synthèse des discussions et exprime le consensus. Les votes sont rares, car il ne fait pas bon se retrouver dans la minorité. Il est plus confortable de se rallier à la position dominante. Seuls les membres les plus importants osent d’ailleurs prendre la parole. Les autres hument le sens du vent.

L’enveloppe unificatrice de l’idéologie marxiste-léniniste n’empêche pas une forme de pluralisme lié à des rivalités personnelles et à des intérêts corporatistes plus qu’à de véritables divergences d’opinion.

En 1968, il semble que Mikhaïl Souslov, un représentant de la ligne dure, gardien de l’orthodoxie idéologique, se soit pourtant opposé à l’intervention armée en Tchécoslovaquie qui mit fin au “printemps de Prague”. Il ne l’a pas fait parce qu’il s’était brusquement rallié au “socialisme à visage humain” mais parce qu’en tant que responsable des relations avec les partis frères il craignait les répercussions négatives pour l’image de l’URSS…

La concentration des pouvoirs au sommet de la pyramide était suffisante pour permettre à Leonid Brejnev de décider par lui-même, mais pas assez pour qu’il n’ait pas à tenir compte des avis de la majorité sur les sujets les plus importants.

En politique étrangère, la situation était un peu différente, dans la mesure où les membres du bureau politique n’avaient pas de “clientèle” à défendre. Même si quelques-uns étaient plus ou moins spécialisés dans les relations avec certains pays. Trois groupes exerçaient une influence sur ces décisions : les experts, les militaires et le ministère des affaires étrangères. Les milieux économiques représentés à l’époque par le chef du gouvernement, Alexis Kossyguine, étaient plus sensibles aux avantages économiques de la détente, mais ils n’avaient pas le dernier mot.

Après les premières années chaotiques de la présidence de Boris Eltsine, le pouvoir russe sous Vladimir Poutine a tendance à revenir à un mode de fonctionnement bureaucratique. La garde rapprochée du président forme une sorte de bureau politique dont les rivalités et les ambitions personnelles, les querelles de clocher et les batailles de compétences ne sont pas absentes. L’administration présidentielle, qui s’est d’ailleurs installée dans les anciens locaux du comité central, répète l’appareil du CC du Parti communiste soviétique.

Comme le secrétaire général jadis, le président est à la croisée de toutes les contradictions. Il tient son pouvoir de sa capacité à distribuer les postes et à garantir la pérennité des intérêts divergents entre les hiérarques du régime.

Daniel Vernet

6 Comments

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  1. ermes / Jul 7 2007 1:32 PM

    Proposta di lettura:

    Putin minaccia. Ma adesso ha davvero paura – André Glucksmann, Corriere della Sera 06.07.07

  2. ermes / Aug 19 2007 2:55 PM

    Cremlino, cercasi erede di Putin – Anna Zafesova, La Stampa 19.08.07

  3. ermes / Aug 22 2007 10:35 AM

    Intervista a Fabrizio Dragosei, corrispondente a Mosca del Corriere della Sera, sulle prossime elezioni legislative e presidenziali in Russia – Radioradicale.it 21.08.07

  4. ermes / Oct 28 2007 12:46 PM

    Sakharov-Khodorkovski, même combat – André Glucksmann, Le Monde 25.10.07

    (versione in italiano)

  5. ermes / Dec 4 2007 7:45 PM

    “Quando i tank sovietici entrarono a Praga, nel 1968, sulla Piazza rossa scesero a manifestare nove persone”.

  6. ermes / Feb 16 2008 9:16 AM

    “Mais à la fin de la conférence de presse, un confrère de Sibérie vient remercier Le Figaro : «Aucun journaliste russe n’aurait osé poser votre question.»”

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